A quoi tient l’avenir du VTTAE ?

Depuis quelques mois, les échanges concernant l’organisation de la pratique du VTT à assistance électrique en France sont nombreux. Pourquoi tant de débat alors qu’il pourrait passer pour un VTT comme les autres et non pas comme une discipline à part entière ?

Le VTT à assistance électrique semble l’engin idéal pour découvrir de nouveaux territoires, randonner de manière ludique en limitant la pénibilité physique que peut représenter le VTT. La menace sur son développement est-elle bien réelle pour donner lieu à tant d’échanges ? 

La MBF répond à cette question, au travers du vécu interne de la communauté, de la place que l’association a prise sur ce sujet en France et également des extraits d’une interview de Lionel Macaluso, Président de MBF, donnée à VTT Magazine en décembre dernier.

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Pourquoi autant de débats autour du VTTAE ?

Tout d’abord, il semble que le VTTAE n’ait pas été très bien accueilli par une partie des vététistes et des autres usagers de l’espace naturel. 

Cela peut expliquer une défiance à son développement. Comme le VTT l’a déjà vécu ainsi que de nombreuses nouvelles activités jugées « ludiques » la notion « d’effort » n’est peut-être pas suffisante au regard de ce que notre société accepte pour mériter l’accès à la nature. Il faut mériter l’accès au sommet, c’est une conception courante dans les sports de nature. Aussi, l’acceptation éthique de ce VTT, ou plutôt de ses pratiquants a pris quelque temps.

A la MBF, nous ne cherchons pas à faire culpabiliser les uns ou les autres de leurs activités, mais plutôt à ce que chaque vététiste se responsabilise dans sa propre activité.

Aussi, nous devons être pragmatiques dans notre analyse et ne pas nuire aux pratiquants de VTTAE par posture idéologique, comme pour les autres usagers, qu’ils soient randonneurs, chasseurs… Nous ne souhaitons pas faire subir à d’autres ce que certains nous imposent en voulant interdire le VTT.

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Conférence de presse organisée par MBF lors du Roc d’Azur 2017

Les limites du développement du VTTAE ?

C’est la réglementation qui décidera du développement du VTTAE. La réglementation édictée par la directive Européenne concernant le VTTAE (voir ci-dessous), si elle est respectée, nous semble adaptée à la pratique du VTT.

En effet, nous considérons qu’une vitesse de 25 km/h ne constitue pas un risque accru d’érosion des sentiers ni un danger pour les autres usagers (VTT sans assistance, piétons, …). Il s’agit d’une vitesse que l’on peut facilement atteindre sans assistance. Le législateur a certes pensé au vélo urbain avant tout lorsque cette directive a été construite, mais il s’agit de la même logique : une vitesse que l’on peut atteindre facilement sans assistance, permettant ainsi la cohabitation avec les autres usagers.

Si la règlementation en vigueur est respectée, nous sommes donc plutôt optimistes quant au développement du VTTAE.

La norme Européenne AFNOR NF EN 15194 de janvier 2012 est précise :

« Les cycles à assistance électrique doivent être dotés d’une puissance nominale continue maximale de 250 W. L’alimentation est réduite progressivement, et finalement interrompue lorsque le véhicule atteint une vitesse de 25 km/h, ou si le cycliste arrête de pédaler. Dès lors que ces valeurs sont dépassées, le véhicule est considéré comme un cyclomoteur. »

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L’impact environnemental d’un VTTAE est-il plus important ?

Si on parle d’impact direct sur les milieux naturels (faune et flore) il est difficile de voir comment il pourrait y avoir un impact différent du VTT « classique ».

Concernant l’impact sur le sentier et donc d’une éventuelle dégradation plus rapide de celui-ci, il y a deux facteurs :

  1. Il faudra veiller à l’évolution du matériel, car l’assistance permet d’utiliser un vélo plus lourd ou de plus gros pneus. Le poids n’est plus un problème avec l’assistance, donc les VTT peuvent accélérer l’usure normale du sentier sur les portions les plus fragiles. C’est en réalité le seul point sur lequel nous devons être vigilants.
  2. Parallèlement, si massification de la pratique globale du VTT il y avait par le biais du VTTAE, cela augmenterait mathématiquement la vitesse de dégradation de ces zones fragiles des sentiers. On entend par « zones fragiles » les zones de freinage, les pentes raides et les lieux humides.

Dans les deux cas, les actions d’entretien de sentiers que mène la MBF seraient alors à démultiplier (déjà qu’elles le sont !). La pratique et son accroissement sont donc possibles avec des pratiquants responsables et qui s’engagent dans leur pratique. Le leitmotiv MBF : « Ne reste pas simple consommateur, devient acteur de tes sentiers »

Enfin, avec une analyse plus « macro » de l’impact, on peut se questionner sur le bilan carbone de la fabrication d’un VTTAE. Effectivement, la batterie pose un problème environnemental. Il y aura de la part de l’industrie des progrès à faire sur ce point. Il faut néanmoins avoir conscience que le bilan carbone des vélos sans assistance pourrait être bien meilleur avec une fabrication en France. Nous sommes dans le cadre d’une problématique plus globale avant de parler spécifiquement de la batterie. En ce sens, L’union Sport et Cycle a mis en place une filière de recyclage des batteries en partenariat avec Corepile.

Dans cette analyse, pensons aux apports du sport au niveau sociétal : santé publique, mixité, etc. L’apport du VAE n’est pas quantifiable à ce niveau là, mais il est à mettre en face de l’aspect critiquable sur le coût environnemental de la fabrication. Il y a aussi les personnes qui remplacent leur voiture par un VAE pour le trajet domicile-travail.

Ainsi, il faut être mesuré dans l’analyse de cet aspect, même si clairement, des progrès sont à faire.

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Quelle fédération délégataire, FFC ou FFM ?

Les pratiquants de VTTAE d’aujourd’hui ne semblent pas dans une logique de compétition, mais plutôt de pratique loisir. Néanmoins, cela pourrait devenir le cas, avec dans un premier temps la participation des teams représentant des marques et l’attrait que cela va engendrer.

Dans tous les cas, pour la MBF et d’autres représentants des pratiquants, si cette délégation ministérielle à de l’importance, c’est surtout en terme d’image.

La compétition nous importe peu, mais l’image de la Fédération Française de Motocyclisme (FFM) ne nous semble pas forcément favorable pour conserver notre liberté de circuler à VTT.

Cela est d’autant plus vrai que les VTTAE ressemblent beaucoup plus à un VTT qu’à une moto. En effet, l’assistance électrique a pris sa place dans le milieu du vélo dès ses débuts, notamment par le vélo urbain. Ce serait ainsi donner une image « moto » au VTT dans son ensemble avec tous les acteurs du milieu du vélo.

C’est cela qui a conduit tout naturellement la MBF à se positionner pour une délégation ministérielle VTTAE auprès de la Fédération Française de Cyclisme (FFC).

Il ne s’agit pas d’un rejet de la FFM ou d’une remise en cause de leurs compétences dans l’organisation, mais juste une question d’image qui ne nous arrange pas dans la difficulté que nous pouvons déjà parfois avoir à circuler librement en VTT.

Nous n’avons aucune autre forme d’intérêt sur ce sujet.

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Un 1er interdit VTTAE dans le Vercors

La réserve des Hauts Plateaux du Vercors constitue la plus grande réserve naturelle de France. Seule la variante de la Grande Traversée du Vercors y est autorisée aux VTT, le reste est interdit.

Il s’agit d’un chemin large qui traverse la réserve. Ce dernier ne représente que peu d’intérêt technique et paysagé pour le VTT sur les 2 tiers de la traversée. Le dernier tiers permet la découverte des magnifiques paysages des hauts plateaux du Vercors en version randonnée.

Le conseil consultatif de la réserve a pris la décision d’interdire cet itinéraire aux VTTAE. Cela crée pour la première fois dans l’histoire une différence entre VTT et VTTAE.

Cette décision a été prise sans consultation de personnes compétentes sur le sujet ou de professionnels de l’activité. Celle-ci n’est pas non plus justifiée d’un point de vue environnemental ou de sécurité. La MBF a ainsi écrit au préfet de la Drôme, afin de demander des explications à cette décision et une audience pour échanger sur le sujet.

Voici un extrait de la réponse de la Préfecture de la Drôme:

« Au sens du Code de l’Environnement, un VTTAE est un véhicule à moteur et donc interdit sur la piste de 15 km de la Réserve Nationale Des Hauts Plateaux du Vercors. Aussi, le comité consultatif à décidé d’engager une réflexion sur cet usage […] vous serez associé à ces travaux … »

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Cette analyse est propre à la préfecture, en effet, il n’y a rien dans le code de l’environnement qui précise que le VTTAE est un véhicule à moteur.

Par exemple, selon le Code de la Route il s’agit d’une bicyclette. Néanmoins, du fait de l’indépendance des codes (ndlr : il n’y a pas de hiérarchie entre ces derniers) chacun peut interpréter les textes à son propre avantage, ce qui conduit à ce genre de situation.

La Préfecture accepte néanmoins qu’une réflexion soit engagée. Ce cas est important puisque c’est le premier.

C’est pour cette raison qu’il nous semble important que la réglementation soit précisée. Nous demandons la reconnaissance du statut du cycle depuis plusieurs années avec la MBF.

Avec le VTTAE, il nous semble fondamental de faire reconnaître le statut du cycle respectant la directive européenne dans les codes de l’environnement et code forestier.

A l’heure des mobilités douces, comment accepter qu’un vélo avec ou sans assistance soit pour certains l’égal d’un 4×4, d’un véhicule de tourisme ou autres à la lecture de ces codes ? (voir plus bas « les revendications auprès du législateur).

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Pourquoi la MBF décide de réagir ?

Rappelons que notre communauté de vététistes (MBF) agit en pratiquants responsables pour créer, entretenir et pérenniser l’accès à nos lieux de pratiques. Nous souhaitons donc être proactifs et anticiper les éléments pouvant entraver l’image de notre pratique, voir faire évoluer notre liberté de circulation.

C’est ainsi que plusieurs éléments nous ont invité à nous questionner sur le développement du VTTAE : son homologation, la pratique compétitive, sa proximité avec le monde de la moto et/ou du VTT, le flou existant entre les différents types de VTTAE pour la majorité de la population, ou encore le débridage.

Nous avons été interpellées par plusieurs de nos adhérents sur ce sujet. Au début, la MBF a réuni un groupe de travail avec des représentants de l’industrie du VTT, de la Fédération Française de Cyclisme, des moniteurs et des organismes du tourisme afin de préciser les craintes de chacun pour l’avenir du VTTAE et du VTT.

Nous avons aussi défini des actions permettant de pérenniser ces activités en évitant les risques identifiés. L’objectif a ensuite été de pousser les acteurs du VTT à réagir, chacun à leur niveau.

Pour MBF, nous avons décidé d’agir sur la partie réglementaire, car nous portons des revendications sur le statut du cycle depuis de nombreuses années comme dit précédemment.

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Que dire des speedbike, reconnues moto-cycles ?

Si actuellement un VTTAE limité à 25 km/h se définit comme un vélo, c’est qu’il engendre un comportement et une vitesse de vététiste. Avec des speeds bikes (VTTAE dont la vitesse d’assistance est supérieure aux 25 km/h), on risque d’induire des vitesses qui ne sont plus celles de vététistes.

En effet, même les meilleurs ne montent pas les bosses à 40km/h, ce n’est plus la même pratique. On risque de mettre sur les sentiers des engins qui creusent un écart trop important avec les VTT classiques. Nous partageons les sentiers avec les autres usagers.

Il est donc de notre responsabilité de faire en sorte que l’on conserve des comportements qui favorisent cette cohabitation.

Le jour où un speedbike va causer un accident sur un monotrace à grande vitesse, c’est toute la communauté VTT qui risque d’en pâtir.

Si les speedbikes sont en apparence identiques à des VTT aux normes cycles, on va donner un argument imparable aux gestionnaires d’espaces naturels qui pourront dire : dans l’impossibilité de distinguer speedbike des VTT aux normes 25km/h, par précaution, on va interdire tous les VTTAE sans distinction.

Il en va de même pour le débridage, ne vous laissez pas tenter ! C’est à chacun d’entre nous de résister à cette tendance du « toujours plus vite » qui pourrait mener le VTT droit dans le mur. C’est la crédibilité des vététistes et l’image de tout un sport qui en dépend. C’est le message que nous avons voulu porter auprès de l’industrie et de tous les acteurs du VTT lors de notre conférence de presse au Roc d’Azur.

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Les revendications règlementaires de MBF

Nos demandes sont :

- La reconnaissance du statut du cycle dans le code forestier et le code de l’environnement (respectant la directive européenne pour le VTTAE).

- Une distinction visuelle marquée et inamovible entre VTTAE et speedbike

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Le code forestier :

Après 30 ans d’existence, la pratique du VTT n’a toujours pas été intégrée dans le code forestier. Voir notre article « quel statut pour le VTT en forêt ? « 

Le code de l’environnement :

Le code de l’environnement est lui plus clair en distinguant les véhicules motorisés et non motorisés (Art. L362-1). Néanmoins, depuis quelques mois et l’arrivée des VAE, il est lui aussi soumis à différentes interprétations. De plus, dans un souci de cohérence, le vélo et le VAE répondant à la directive Européenne doivent avoir un destin commun, en ville comme dans les espaces naturels, pour la plus grande compréhension des usagers.

Une urgence à border cette activité :

Le VAE et le VTTAE sont classés dans la catégorie des vélos, la directive européenne le définit ainsi. Le lien vélo et VTT est important sur ce sujet. Les institutions ne voudront pas créer en plus une nouvelle distinction et cela n’arrangerait pas le VTT de n’être plus un vélo ! Pour la majorité de la population également un VAE est un vélo (avec juste une aide physique). Il faut donc « le border » correctement pour ne pas que le VTT dans son ensemble soit impacté. Le développement du VTTAE tel qu’il commence et pourrait le devenir nous oblige à être vigilants, car il peut poser problème à l’ensemble du VTT.

Une distinction claire :

Enfin, nous recommandons, pour faciliter le travail des gestionnaires d’espaces naturels et la connaissance des usagers, de renforcer les distinctions entre les VAE et les speedbikes : distinction visuelle, nomination différente, renforcement de la sensibilisation des usagers, lutte contre le débridage, formation des professionnels (distribution, location).

Conclusion :

Il y a encore de nombreuses actions à mener pour défendre le VTT à assistance électrique et la MBF s’y atèle. Nous multiplions les rendez-vous avec les différents ministères afin de les sensibiliser à cet enjeu important, car ils devront se positionner très prochainement au niveau européen notamment. Par exemple, dès les prochains mois, une révision de la norme VTTAE va être réalisée. Les assureurs cherchent à obliger les détenteurs de VAE à souscrire une assurance véhicules pour les dommages causés à un tiers (en vélo, c’est l’assurance habitation qui suffit).

Les acteurs du vélo semblent soudés, c’est la seule solution pour avancer sur ce sujet. A ce titre, nous avons signé une convention avec l’Union Sport et Cycle, représentant de l’industrie du sport, afin de collaborer sur ce sujet commun puisque nos positions sont identiques. Affaire à suivre donc…

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Voir aussi :

Hauts plateaux du Vercors et VTTAE

Le VTTAE c’est tout Bénef’!

Quel statut pour le VTT en forêt ?

Etude impact du VTTAE par l’IMBA

 


					
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