Le VTT traverse une crise identitaire… qui nous concerne tous.

Notre pratique du VTT correspond-t-elle au standard présents dans les médias ? Cet article amène à la réflexion sur la réalité de notre mode de consommation du « loisir-VTT ».

Le site Singletracks.com a fait paraître fin mars 2016 un article qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique… Greg Heil, rédac-chef du site, nous offre sa vision stratégique de la communication de l’industrie du VTT et de l’influence des médias dans le développement de notre loisir. Après une discussion avec lui, MBF a traduit cette vision intéressante et ajouté quelques adaptations de cet article à destination de l’Europe et la France.

Quelque peu pessimiste, cet article amène néanmoins à la réflexion sur notre mode de consommation du « loisir-VTT ». Pas question de « retour à la chandelle » ou de condamnation du développement. Mais il est plutôt question d’une incitation à la prudence, ainsi qu’une incitation au respect des usagers et des non-vététistes (plus de 80% des français ne font pas de VTT et donc, ne connaisse pas vraiment l’activité).

Mais c’est aussi l’incitation au développement de spots « en site propre » : pour le VTT et par le VTT, sous l’égide d’associations locales. Et ça, à Mountain Bikers Foundation, on y participe pour les disciplines freestyle du VTT avec notre action LEGALIZE IT !

Le VTT traverse une crise identitaire

Posté le 21 mars 2016 sur singletracks.com par Greg Heil. Traduction : Gilles Da Silva Pereira pour Mountain Bikers Foundation.

Le VTT se situe actuellement en plein milieu d’une crise identitaire. Ce n’est pas une grande nouvelle… C’est plutôt un problème récurent pour notre sport depuis de très nombreuses années.

Je pense que, très prochainement, notre loisir va atteindre un point de non-retour. On risque de verser une de ces petites gouttes d’eau qui, malheureusement, vont faire déborder le vase sociétal.

« Dans un récent sondage, 96% des vététistes pensent que la pratique du VTT doit être libre sur tous les chemins » (sondage Singletrack.com – USA).

Commençons par le portrait type du vététiste dans l’imaginaire des français : un « Dark Vador » sous son armure, dérapant, envoyant de la poussière en l’air, un junky un peu branlos qui n’a pas grand-chose à faire de ses journées mis à part construire des bosses et poser des palettes dans la nature pour envoyer du back-flip.

Parce que oui, franchement, c’est ainsi que 99% des vidéos, photos, publicités et plus généralement toutes sortes de médias nous mettent en scène, nous vététistes…

Cela a pour conséquence de développer dans l’imaginaire collectif une image « fausse » de notre pratique.

Nous sommes des dangers, des agresseurs dans la nature, des délinquants sans foi ni loi, une malédiction pour l’environnement, et des buveurs de Red Bull complètement barjots qui cherchent du toujours plus gros, et plus dangereux. « Allez les fillettes, cassez-vous, Johnny va envoyer du gros ! ».

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Moins de 1% des vététistes peuvent faire (ou choisissent de faire…) ce que l’on peut voir sur cette photo. Photo : DROZ photo.

 

La vraie question est : combien d’entre nous pratiquent vraiment le VTT comme ça ? Combien d’entre-nous rentrent un back-flip ? Combien d’entre nous sont capable de sauter des gaps de 10 mètres ou même de descendre le flanc d’une montagne dans le désert de l’Utah en satellisant des kilos et des kilos de poussière en l’air ?

On va même le faire encore plus simple : combien d’entre-nous balancent du dérapage à chaque virage ? Un pilotage « à l’attaque », typé enduro, est largement plus accessible à la majorité d’entre-nous. Et pourtant la vaste majorité ne va même pas jusque là ! Pour des raisons de technique d’une part, et parce qu’on ne pratique pas forcément pour être « au taquet », d’autre part.

Et puis aussi et surtout parce que beaucoup d’entre-nous pensent aux autres usagers en se disant qu’un marcheur peut surgir du prochain virage, parce qu’on respecte les sentiers, le travail des collectivités, de l’ONF, des bénévoles, bref, le travail que ça demande d’entretenir ce réseau unique et magique dont on bénéficie gratuitement, librement. Il y a d’autant plus de respect aux USA, parce que, bien souvent, on a aidé à construire et entretenir ce réseau de chemin…

[ndlr : aux USA, charge au pratiquant de construire et entretenir son chemin, sinon, pas de pratique ! Chaque usage : pédestres,  vététistes, équestres, motorisés, et autres, ont eu à construire des réseaux de chemins et souvent pour leur pratique exclusive, souvent sur des terrains privés… on est, heureusement loin de ce modèle sur notre Vieux Continent ;) ]

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Portrait classique du vététiste à l’attaque dans une publicité. Crédit photo : Droz photo.


Finalement, l’industrie dépeint les vététistes d’une certaine façon quand la vaste majorité pilote et pratique très loin de ces clichés. Néanmoins, pour la « Société », le grand public, le cliché est bien présent. C’est bien ça « LE VTT » : de la poussière, des dérapages et des gros sauts !

Du côté obscur de la Force…

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La majorité des sorties VTT ressemblent en fait plutôt à ça…

 

Si tous ces fantasmes de sauts en longueur, en hauteur, de vitesse ne correspondent pas à la pratique de la majorité, alors, que fait la majorité ?

Faites un sondage autour de vous. Vous verrez que le vététiste peut parfois être accro à l’adrénaline, à la descente d’un beau single. Certains vont « kiffer grave » le challenge technique d’un passage bien rocailleux sans poser le pied à terre. Certains vont vous dire adorer la sensation de vol quand occasionnellement ils prennent une marche…

Mais la plupart ne mettront jamais de l’angle dans des relevés, ou ne tenteront jamais de prendre une ligne en freeride le long d’une pente, style Red Bull Rampage.

Le challenge, ce sera presque exclusivement à la montée où ils vont faire péter les watts et les cuisses. Le challenge, pour d’autres, ce sera aussi d’aller puiser dans l’endurance la plus mesquine et la plus douloureuse pour arriver à passer ce fameux petit coup de cul sur leur sortie habituelle. [ndlr : Il n’y a qu’à voir les succès des Rocs Series, MB-Race, transVé, et autres Grandes Traversées pour s’en convaincre !].

A l’unanimité, ou presque, la plus belle des récompenses, sera de pouvoir prendre un bon bol d’air frais, de pouvoir profiter de la vue, de la beauté de la nature, de ses senteurs et de ses sons, bref, du lieu de sa sortie, car un vététiste est aussi et avant tout un contemplatif au grand cœur et aux grosses cuisses avant d’être un bourrin du pilotage ! Si-si ;)

[ndlr : Nos études, notamment la dernière menée avec l’IMBA Europe, démontrent que la 1ère motivation pour la pratique du VTT est le plaisir d’être dans la nature, loin devant toutes les autres motivations].

Condamner, s’excuser ?

Ok, donc le truc le plus simple à faire au monde : on va condamner la minorité, ceux qui dévalent du freeride droit dans le raide, qui vont sauter du gap sauvage, ceux qui vont défier la mort…

On va dire qu’ils sont déraisonnables, pas gentils, qu’ils n’ont aucune éthique, que « ça ce n’est pas du VTT ma brave dame » !… mmm… non !

Autre projet… On n’a qu’à dire qu’on s’en fout. On va faire l’autruche. « Oui, OK, le VTT érode les chemins, est pratiqué par des junkys qui s’en foutent de tout le monde et surtout des gestionnaires d’espaces naturels… et alors ? On vous emmer**, on fait c’qu’on veut !!! » … mmm… pas top non plus ! La solution de facilité est rarement la bonne réponse à un problème.

En fait, tous ces différentes pratiques du VTT (le sauteur de 10 mètres de haut, le grimpeur anaérobie et le contemplatif…), tous ont leur place dans la nature, sur des espaces de pratique. En tous cas, tous ont leur mot à dire dans le développement du VTT…

Plus simple : pour sauter du gros gap, pour mettre de l’angle dans des relevés, il doit y avoir une place dans des espaces spécialement dessinés et désignés pour le fun, la vitesse, l’engagement et la prise de risque.

Cela inclut évidemment les stations de montagne et leurs Bike Park, mais aussi tout autre type d’espaces faits pour la DH, les pratiques freestyle.

Ces espaces doivent disposer d’une organisation bénévole ou professionnelle, pour prendre soin du chemin, de l’espace, l’organiser, le sécuriser sans l’aseptiser pour autant, mais le tout uniquement pour un usage VTT typé « gravity » ! Le nœud du problème est alors le foncier : à qui appartient le terrain ? et quelle est la responsabilité d’un tel ou un tel ? Pensez alors à la propriété privée, pensez Red Bull Rampage !

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“Et là, y’a de l’angle, là ?”


Ah bon ! Vous ne saviez pas que la Red Bull Rampage avait lieu sur une propriété privée qui appartient à la SARL Red Bull ? Non, non, la Rampage n’a pas lieu dans la nature sauvage, ni même le Parc National de Zion comme souvent communiqué. C’est juste un exemple qui montre bien que l’industrie joue un rôle trouble dans l’imaginaire collectif : elle fait fantasmer le monde du VTT, et elle rend admirative, au mieux, ou alors énerve, révulse, ou fait peur au reste du monde.

Sur le long terme, ça joue à l’encontre du vététiste lambda qui veut simplement accéder à la nature sans restriction. Au lieu de communiquer sur cette propriété privée, fermée, encadrée, Red Bull joue la carte de l’authenticité, de l’esprit Freeride & libertaire. Alors que c’est loin d’être la réalité ! Whistler ! le rêve ! Tout le foncier du Bike Park a été accaparé par une seule personne ce qui a grandement facilité la tâche du développement de ce Bike Park exceptionnel.

Quoi qu’il en soit, et malgré tout ce que vous avez pu voir ça et là dans des vidéos, un petit sentier campagnard dans une zone ouverte au public, ou un flanc de colline qui semble inutilisé, ne sont pas des endroits pour « envoyer du gros », construire des bosses, ou se comporter comme sur un espace réservé au VTT. Plutôt que ça nous avons besoin de respecter ces terrains de pratique et de suivre et diffuser autour de nous les principes de Leave No Trace ou ceux de la charte Mountain Bikers Foundation.

Pour aller au bout du raisonnement, existe-t-il un endroit où les contemplatifs, ou ceux qui veulent se faire mal à la montée n’ont pas non plus leur place ? Oui ! La piste de DH ne doit pas être le lieu pour une longue montée à suer sang et eaux. De la même façon, ne descendez pas ces pistes en vous arrêtant pour tout et n’importe quoi et surtout pour vous reposer en plein milieu du trail. Ces sentiers sont shapés pour la vitesse et l’adrénaline.

En cas d’accident, c’est de votre responsabilité, pas de celle du descendeur qui utilisait légalement la piste.

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photo : Cynthia poulenard

 Construisons une nouvelle terminologie

Si même les freeriders ont des lieux où leur pratique est acceptable, c’est tant mieux ! Le problème n’est pas tant que cette pratique existe, mais c’est plutôt la terminologie simpliste employée qui pose problème et fait que tout le monde mélange tout.

Pour l’industrie, les médias, et même entre vététistes, si on voit un type sauter une falaise de 10 mètres sur un gros DH, on appelle ça « VTT ». De même un gars qui s’épuise à monter un single étroit pendant des heures, grimpant des centaines et des centaines de dénivelées positives au milieu de nulle part, c’est aussi du VTT. Évidemment, on a des petites nuances pour dépeindre les réalités différentes du VTT.

Mais ces termes qui nous différencient, personne ne les connait en dehors de notre cercle restreint. Et même entre nous, on est capable de s’écharper des heures durant pour savoir exactement ce que veulent dire ces termes, freestyle, freeride, enduro, cross country, all mountain

Finalement notre loisir à tous est incroyablement diversifié et c’est aussi ce qui en fait sa force ! Mais les personnes qui ne l’ont jamais pratiqué [14% de vététistes chez les français, c’est-à-dire 86% qui n’ont jamais touché un VTT], pire encore, ceux qui n’ont pas touché un vélo depuis très longtemps [+ de 50% des français quand même !], eux, n’y comprennent plus rien et auront beaucoup de mal à faire le distinguo, même si vous leur expliquez longuement et calmement.

Comment faire pour changer la vision de ces non-connaisseurs ? Cela commence avec l’industrie et les médias. Au lieu d’avoir 99% de vidéos mises en ligne qui ressemblent à la pratique de moins de 1% des vététistes :

Pourquoi n’aurions nous pas plus de ces 1% de vidéos qui ressemblent à ça et représentent la pratique des 99%  de vététistes restant :

Au lieu d’avoir, dans chaque pub VTT un freerider en wheeling, pourquoi ne pas mettre plus de photos de randonneurs qui rident un super singletrack qui fait rêver avec de belles montagnes en arrière plan ?

Bien sûr vous pouvez nous blâmer ici aussi à Singletracks.com ! En tant que média on partage des tonnes de ces mêmes vidéos et photos de vitesse et d’adrénaline.

Comment faire pour changer les choses ?

La raison profonde de cette crise identitaire du VTT va rendre complexe tout changement… Car en fait, la vidéo du back-flip ou la photo du pilote qui met de l’angle dans son relevé, ça a l’air cool et ça fait vendre du vélo. Tout simplement…

Ma grand-mère disait on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. De même, on vend plus de vélo avec des vidéo de freeride fun et divertissant, qu’avec une vidéo de crosseux qui monte sa côte interminable, dans d’atroces souffrances.

C’est aussi simple que ça ! Et pour le coup, on ne peut blâmer personne ici, surtout pas l’industrie et les médias qui ne font que répondre à nos besoins de consommateurs. C’est exactement comme le procès fait aux publicités sexistes qui montrent des filles retouchées à moitié dénudées dans des positions très compromettantes… C’est vulgaire et sexiste, mais peut importe, la jolie fille et la sexualisation fait vendre. De même pour le pilote qui engage dans son relevé.

A un certain moment, notre idéalisme et notre éthique se retrouvent confrontés au mur de l’argent. Et quand il y a de l’argent, tout tourne autour, car l’industriel cherche avant tout à payer ses employés et ses charges. Et pour le magazine, il en va de même !

Heureusement, en prendre conscience, c’est déjà se donner la possibilité, un jour, que notre éthique vienne lézarder ce mur financier… Dites que je suis pessimiste, mais je pense que notre éthique ressemble malheureusement plus à une paire de ciseaux en plastique à bouts ronds qu’à un marteau-piqueur pour casser ce mur…

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Crédit Photo : Droz photo

Une dernière chose sur le VTT

AB0 - St Vincent sur Graonlors même que l’image présentée au début de cet article met en lumière une déconnexion flagrante entre perception du grand public et réalité du VTT, j’aimerais noter les efforts engagés actuellement par des associations comme  Sustainable Trails Coalition ou Mountain Bikers Foundation, pour endiguer l’expansion des interdits sur les sentiers.

De nouvelles lois apparaissent tous les jours aux USA et en France. Cela montre bien que malgré les efforts, la société et son porte-parole, le politique, se crispent et ont du mal à faire confiance y compris à des associations de bienfaisance.

La création de ces lois montre bien que cette crise identitaire est extrêmement grave. Elle permet le développement de fantasmes sur notre pratique chez le grand public, et par le développement de ces fantasmes, elle vient directement toucher et détruire, peu à peu des pans entiers de nos libertés.

Je vais même aller plus loin en disant que plus il y a d’interdits, plus la perception des non-vététistes en sera d’autant plus négative sur notre sport : « quelle bande de délinquants ces vététistes on est obligé de tous leur interdire ! C’est bien que c’est dangereux, c’est bien qu’ils sont mauvais !»

Une dernière pensée pour la route

Si vous vous êtes plongé dans cet article en attendant quelques réponses… désolé, car je pense que je n’en ai donné aucune et que je vous ai même plutôt déprimé… Alors, terminons sur du positif ! Nous-mêmes à Singletracks, nous ne sommes pas immunisés contre cette crise.

Alors que probablement personne à la rédaction n’est capable de faire la Rampage, ni de descendre des mètres de dénivelées négatives à la vitesse des freeriders des vidéos, alors qu’on ne construit aucun spot illégal, aucun module, on aime juste quand même regarder de belles vidéos engagées, comme n’importe qui d’autre.

Comme toi probablement. Mais s’il y a bien une chose que je peux vous laisser “a emporté” : ridez responsables ! Formez votre éthique, par vous même. ADHEREZ aux associations qui protègent nos libertés : les locales, les nationales.

Construisons des sites de pratiques pour le VTT gravity et ne faisons que passer gentiment, en souriant et en prenant le temps de dire bonjour, sur les sentiers ouverts au public.

Comme on ne pratique pas la Formule 1 sur une route nationale, on ne peut pas continuer à pratiquer un VTT sportif, à l’attaque, de type chronométré sur des sentiers ouverts au public : la pratique sportive doit avoir ses propres espaces de pratique et doit les créer. La pratique de loisir, en harmonie avec les autres usagers, doit pouvoir se pratiquer en liberté, totaleBref, pensez à l’avenir de notre sport, respectez l’environnement et les autres usagers que vous rencontrez sur les sentiers.

Si on fait tous un petit pas pour pratiquer responsable, peut-être que ces mauvaises perceptions changeront dans la société… doucement mais surement !

Pour tout cela, la première étape est l’adhésion à la Mountain Bikers Foundation ;)

ADHEREZ ICI

 


					
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